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Béatrice Van Den Bossche 4,rte de saint Père 89450 Vézelay tél:+33(0)3 86 32 38 59

TECHNIQUES DE L'ENLUMINURE
La fonction de l'enluminure | L'iconographie | Les étapes de réalisation | Les encres | L'Or | La préparation des pigments

La fonction de l'enluminure

   
 

Les termes enluminure et miniature désignent tous les motifs, personnages, scènes peintes dans un manuscrit. Le terme enluminure vient du latin illuminare qui signifie embellir, mettre en lumière, éclairer tandis que miniature vient du latin minium qui désigne la couleur rouge obtenue soit par la cuisson de la céruse soit par le broyage du cinabre.
L’image a un rôle didactique. Inspirée par le texte qu’elle illustre, elle en facilite la compréhension. L’image explique visuellement le texte. Elle permet également de faire ressortir les articulations du texte et de guider ainsi le lecteur. Il existe trois éléments de décoration : l’initiale, la bordure et les illustrations dites « pleine page ». Le décor est soumis a une hiérarchie qui correspond a celle du texte (livre, chapitre, paragraphe). Dans ces hiérarchies, la peinture prime sur le dessin; les métaux sur les couleurs; l’image sur l’ornement. Une initiale plus grande guide vers une partie du texte plus importante.
Voici l’ordre hiérarchique selon lequel les initiales s’organisent :
Les initiales peintes sont au sommet de la hiérarchie:

  • Les initiales comportants une scène ou un personnage:
    • L’initiale historiée : le corps de la lettre sert de cadre a une scène

    • L’initiale figurée : le corps de la lettre est formé par des personnages ou des animaux

    • L’initiale habitée, dont le corps formé de végétaux devient le support de la scène représentée.

  • Les initiales ornées sont décorées de motifs géométriques ou végétaux.

Puis l’initiale de couleur réalisée avec différentes couleurs et parfois rehaussée de petits motifs. Elle n’est pas réalisée avec une peinture couvrante, mais elle n’a pas la transparence de l’encre.
Puis l’initiale puzzle à filigrane le cadre de la lettre est découpé comme un puzzle peint de deux couleurs et entourée de motifs exécutés à la plume(filigrane).
Les lettrines réalisées à l’encre
Simple lettre capitale exécutée à l’encre, rouge le plus souvent.

 
   

L'iconographie

   
 

L’enlumineur a peu de liberté quant à l’exécution des scènes. L’iconographie des manuscrits fait appel à de nombreuses conventions connues des enlumineurs comme des lecteurs. L’artiste doit tenir compte de la symbolique des gestes et des attitudes.

Le commanditaire de l’ouvrage peut donner également des instructions pour l’exécution du travail précisant par exemple des couleurs ou des détails. Dans les marges sont parfois notées à la mine de plomb des instructions concernant la couleur ou la lettre à peindre.

 
   

 

La réalisation d’une enluminure

A partir du IXème siècle se développent des écoles d’enluminure qui laissent des documents destinés à enseigner cet art tels que la Mappae clavicula ("petite clef des tours de mains"), Traité du moine Théophile : De diversis artibus XIIème siècle, Cennino Cennini : Il libro dell’arte. On y trouve des conseils théoriques et pratiques sur la technique de l’enluminure mais aussi les ingrédients et les préparations nécessaires à la réalisation des peintures.

Les étapes de réalisation

   
 

  • dessin a la mine de plomb et rehaussé a l’encre

  • pose du mordant ou de l’assiette

  • pose de la feuille d’or libre

  • pose des aplats

  • travail des aplats

  • travail des parties du corps visibles

  • cernage en noir

  • réhaut de blanc

   
   

Les encres

   
 

Les encres naturelles sont connues depuis l’antiquité comme l’encre de seiche (sépia).
Les encres au carbone sont fabriquées avec un produit calciné réduit en poudre (noyau de pêche, sarments de vigne) ou du noir de fumé mélangé avec un liant : résine d’arbre, miel ou blanc d’œuf.
Les encres métalliques s’obtiennent en mélangeant des tannins végétaux avec du vitriol(sulfate de fer).

On utilise principalement le tannin obtenu par la macération des noix de galle (photo). Ce sont les encres métallo-gallique. Elles ont la caractéristique de foncer à l’air.
Les encres de couleurs sont obtenues en mélangeant le pigment de la couleur désirée ; minium de plomb, cinabre (rouge), lapis-lazuli (bleu) et malachite (vert) avec de l’eau et un liant.

 
   

L'Or
   
 

Après avoir tracé le dessin à la mine de plomb et l’avoir rehaussé à l’encre, l’enlumineur commence par poser le mordant ou l’assiette destiné à recevoir la feuille d’or. Le mordant est l’apprêt collant mis sur toutes les parties destinées à être doré. Cet apprêt peut être composé de gomme ammoniaque, de blanc d’œuf, de colle de poisson ou de jus d’ail. Cette technique permet les dorures à plat.

Pour obtenir une dorure en relief et étincelante, l’or est posé sur une assiette : mélange de bol d’Arménie (argile rouge très fine) , de miel et de colle.Elle se pose en relief et après son séchage complet, il convient de la polir afin de la rendre parfaitement lisse et brillante. L’or adhère sur cette assiette en exerçant une pression à l’aide d’une agate. L’or peut être ensuite bruni avec une agate, ou une dent de chien.
Seul l’or en poudre mêlé à de la gomme arabique peut être appliqué après la peinture.

 
   

La préparation des pigments

Les couleurs de l’enlumineur proviennent du monde minéral, végétal et animal.

   
 

les couleurs minérales sont les couleurs les plus stables. On distingue plusieurs origines: les ocres jaune et rouge, les terres (vertes, brunes ou noires), les minéraux réduits en poudre cinabre (sulfure de mercure), réalgar (disulfide d’arsenic), orpiment (trisulfure d’arsenic), malachite, lapis lazuli et azurite et l’oxydation des métaux : céruse (oxyde de plomb), en chauffant la céruse on obtient le minium, le vert de gris (oxydation du cuivre). Les métaux sont oxyde avec de l’urine, du vinaigre ou du marc de raisin. Ces pigments sont conservés en poudre ou mélangés à la détrempe et conservés dans des coquilles.

Les couleurs végétales extraites par macération, décoction ou fermentation ont besoin d’être stabilisées. Elles sont conservées sur des piécettes de lin imprégnées d’alun (sel métallique) ou précipitées sous forme de laque : bois Brésil (écorce), vert d’iris, safran,curcuma ,genêt des teinturiers, gaude, nerprun (photo), indigo, pastel, garance, sang de dragon. Les végétaux calcinés donnent des pigments noirs.

Les couleurs animales
Les recettes pour fabriquer la pourpre à partir de coquillages sont perdues dès le haut moyen âge. La matière colorante d'origine animale est le kermès appelé aussi " graine ". Le pigment rouge provient du corps desséché d'un insecte parasite d'un chêne du bassin méditerranéen. On obtient également un colorant rouge identique au kermès avec la cochenille (photo) de Pologne

 
   

   
 

Qu’elles que soient leurs origines, les pigments se travaillent à l’aide d’une détrempe. La détrempe est l’amalgame de plusieurs corps permettant au pigment de s’agglomérer et d’adhérer au parchemin. Elle se compose d’un liant : l’œuf et principalement le blanc d’œuf en enluminure. Le blanc d’œuf est rompu à l’éponge pour lui faire perdre sa viscosité, et on y ajoute des clous de girofle pour le conserver. Il sert a agglomérer le pigment en poudre. La gomme arabique est le liant le plus répandu et permet à la peinture d’adhérer sur le support. Enfin le miel apporte de la souplesse à la matière.


L’enlumineur doit broyer ses pigments avec la détrempe. Cette opération est primordiale car d’elle dépend la bonne tenue de la peinture. Le broyage s’effectue sur une plaque de pierre très dure (porphyre ou granite) à l’aide d’une molette (photo). Il permet à la fois d’affiner le grain du pigment et d’agglomérer ses grains au liant. Une fois sèche, la préparation s’utilise comme de la gouache : c’est une peinture à l’eau.

Outre les outils d’écriture, l’enlumineur dispose de pinceaux très fins en poils de marte et d’écureuil enchâssés dans un manche de bois. L’enlumineur ne mélange jamais les couleurs entres elles. Certaines sont d’ailleurs incompatibles comme les pigments à base de souffre et ceux à base de plomb. Il peut seulement éclaircir ses couleurs en ajoutant de la céruse. Il peint en superposant de fines couches de couleur jusqu’à la l’intensité souhaitée. Il varie les nuances en jouant sur la granulométrie du pigment. En effet plus un pigment est broyé fin plus il s’éclaircit. En changeant la nature du liant il obtient des effets picturaux différents. A partir du XVème siècle, en gardant la même palette de couleurs, il obtient de nouvelles teintes en jouant sur les effets de transparence grâce à la superposition de voiles de nature différentes.

 
   

 

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